Bloc-notes du dessinateur

Petit bonheur du dessinateur dont l’œil et la main partent à la découverte d’une oeuvre d’art.

Peintures et sculptures se dévoilent et enchantent le regard attentif.
Croquis sans prétention, , croqués , une note, un  » pense bête », une petite mise en bouche
avant d’aller au musée, virtuel éventuellement, pour admirer l’oeuvre originale.

le pauvre poète, Carl SPITZWEG 1839
Une petite huile de 36 x 45 cm.
La toile peu connue en France, un sondage en Allemagne qui établi la liste des tableaux préférés
des Allemands nous indique:
1;- La joconde, 2;- Le pauvre poète, 3 ;-Le lièvre de Dûrer.
SPITZWEG, pharmacien pour ne pas décevoir son père, devient peintre à la mort de celui-çi,
savait ce que c’était d’habiter dans une mansarde.
Il vivait sous les toits à Munich, dans les vieux quartiers de la ville, une ville en pleine effervescence
sous le règne de Louis 1er de Bavière, lequel étouffa toutes velléités démocratiques en 1834, déclarant
que les fonctionnaires devaient à nouveau utiliser le terme de « sujets » au lieu de citoyens.
Le roi décidait tout, jusqu’à ce qui devait être enseigné à l’académie des Beaux Arts,
Fresques avec des personnages mythiques, historiques, forts, lisses, puissants, très éloignés du quotidien.
SPITZWEG n’essaya même pas d’entrer aux Beaux Arts, il apprend son métier en autodidacte.
Le romantisme Allemand. Début 19 ème: les peintres remettent l’homme au centre des compositions, avec
la nature et trouve refuge dans un monde de sentiment intérieur.
Le mouvement de liberté individuelle prend un coup d’arrêt en 1819, contrôles , censures, pour endiguer
la révolution.
Commence le « Biedermeier », de Bieder, simple sans prétention, et Meier, nom de famille le plus courant
en Allemagne.Le « Biedermeier » désigne d’une part la culture et l’art bourgeois de cette époque.
Restriction des libertés, défiance à l’encontre de l’action politique, entraînant les artistes vers la sphère
privée, la famille, la fuite dans l’idyllique qui deviennent des thèmes typiques,
Scènes de genre, paysages, et portraits, style réaliste, les motifs religieux et historiques sont absents.
La contestation est fine et détournée, une critique plus insidieuse de la censure et des contrôles.

Le tableau; Derrière des œuvres apparemment anodines ,SPITZWEG nous offre une vision souvent satirique sur ses contemporains.Dans ce tableau il détourne la figure de poète pauvre et reclus souvent idéalisée par
les romantiques.
Une mansarde, quelques mètres carrés.
Un poète, un peu farfelu est allongé sur un matelas.
Dans sa bouche une plume. Un pince nez, des binocles, coiffé d’un bonnet de nuit, emmitouflé dans son
habit usé;
Il a noué sa cravate, comme s’il allait sortir, « La cravate c’est l’homme » affirmait BALZAC (1799-1859).
Sur le sol des gros livres, entassés à coté du matelas.
Les romantiques de l’époque dédaignaient la culture par les livres, les mots devaient venir par l’expérience,
personnelle, librement, mots propres au langage.
Le poêle est froid, le haut de forme est accroché au tuyau, et il n’y aurait pas de papier dans le trou du poêle.
Le combustible coûtait cher à l’époque. Le vol de combustible était une grave atteinte à la propriété, avant
même le vol de nourriture.
Le poète brûle lui même ses écrits pour se réchauffer.
Devant le poêle des écrits ficelés, volumes III, et IV, les volumes I et II sont probablement parties en fumée.
Ce poète est un naïf qui rimaille plutôt que d’essayer d’assurer son existence en exerçant un travail administratif.
C’est un romantique.
Il semble compter  » les pieds sur ses doigts », une autre version nous dit qu’il écrase une puce.(noté sur un
croquis préparatoire par l’artiste).
Contre le mur la canne, qui est également un moyen de se différencier des autres.
Le parapluie protège notre homme des fuites du toit, il est ouvert au dessus du lit.
Le parapluie apparaît au 18ème, il protégeait quelques bourgeois pas assez riches pour avoir une voiture
personnelle, de même pour le haut de forme, d’esprit révolutionnaire qui remplace la perruque et le tricorne.
A u 19ème ,le haut de forme devient le couvre chef des gens « rangés » et fidèles au roi.
Pour celui qui regarde le tableau à l’époque, le haut de forme, le parapluie, la cravate la canne, ont une
signification immédiate.
Objets caractérisant les différences, réalité comme dans l’art, l’individu selon son rang et sa personnalité;
Aujourd’hui nous voyons dans ce tableau, un personnage symbolisant une époque, celle du « Biedermeier »
(1815 à 1848 ) marquée par la restauration d’un régime féodal.
SPITZWEG a peint jusqu’à sa mort en 1855, il a contribué à transformer les objets du quotidien en
symboles de l’esprit de temps.

  • Pour quelles raison ce tableau est-il si populaire?
  • Désir enfouie de nous retrancher derrière des murs ?
  • Fuir devant un environnement ingrat?
  • S’occuper de livres, et fuir la réalité?
  • Avoir une vie intérieure?
  • Etre protégé? Atteindre son but malgré les déboires?

C’est un tableau d’une grande simplicité, perçu d’un coup d’oeil. Un tableau qui éveille en nous certains sentiments.

  • Caricature, des faiblesses humaines avec affection.
  • Héros borné,
  • Amour des gens,si imparfaits qu’ils soient.

Sources;

« les dessous des chefs d’œuvres » – Ed; Taschen


« Seul dans l’art la liberté n’est pas illusion. »
Joseph Beuys